Le mois de juin est un peu moins dense en nombre de titres chroniqués pour cause de préparation de la cinquième édition du Festival des livres d’en haut.

The moon is following us est une série de douze épisodes publiées chez Image Comics. Écrite et partiellement dessinée par Daniel Warren Johnson (Do a power bomb, Murder Falcon, Wonder Woman: Dead Earth), cet auteur se démarque, depuis plusieurs séries, par le ton de ses œuvres. Ses comic-books semblent de prime abord être des séries d’action ou de baston. Mais, il ne faut pas se fier à la première impression, car celles-ci vrillent toujours vers un autre type récit. Si l’action est toujours présente, les histoires de Daniel Warren Johnson (DWJ pour les initiés) portent souvent en elles des tragédies, s’incarnent avec beaucoup de tristesse et évoquent souvent le deuil ou les disparitions brutales. L’auteur n’hésite pas à surprendre les lecteurs en donnant un tournant souvent surprenant, plus émotionnel, voire lacrymal, à ses comics.
Avec The moon is following us, il s’associe à Riley Rosmo (Harley Queen, Wesley Dodds : the Sandman, Martian Manhunter) pour la partie graphique mais aussi dans la conception de ce nouveau projet, qu’ils indiquent comme étant très personnel.
The moon is following us démarre comme une adaptation BD du jeu vidéo Fortnite. Sans aucun préambule, le lecteur est immédiatement projeté dans des scènes foisonnantes et dynamiques de lutte où se mêlent des tas des personnages anachroniques en armure, avec des armes à feu, des épées, des projectiles improbables… On s’y perd immédiatement et au fil des premières pages, on ne saisit pas quels sont les enjeux, quelle est l’intrigue, hormis un couple qui se détache du tumulte des combats et qui semblent hyper déterminés. Au fil des cases, on apprend que Sam et Duncan LaMarr évoluent dans cet univers fantastique à la recherche de leur fille. Sont-ils dans un jeu vidéo, dans un univers parallèle, dans une autre réalité ? Que risquent-ils vraiment ? Qu’est-il arrivé à leur fille ? La fin du premier épisode rebat complétement les cartes de ce que le lecteur a tenté d’élucider et plonge le récit dans une attente tragique…
Pour chipoter, la lecture au rythme mensuel de The moon is following us est peut-être un peu trop longue. Cette bande dessinée aurait pu être réduite de deux épisodes car certains passages de course poursuite sont un peu redondants, mais ça n’en reste pas moins une série très originale. Puisqu’il s’agit d’un projet qui leur tient à cœur, Daniel Warren Johnson et Riley Rosmo ont dû passer par de drôles d’épreuves pour aboutir à ce récit.
Alors parfois ça risque de basculer dans le too-much (et certains lecteurs pourraient aussi se sentir malmenés par les sujets abordés au fil des épisodes), mais cette histoire reste suffisamment différente des publications actuelles pour être notable et lui consacrer un peu de vos temps de lecture. D’autant plus qu’Urban Comics le publie en un seul recueil pour le 19 septembre 2025.

Minor Arcana est la série au long cours écrite et dessinée par Jeff Lemire himself. Éditée par Boom Comics (qui doit jubiler d’accueillir cet auteur au sein de ses publications), Minor Arcana est à la croisée des récits familialement tourmentés dans lesquels Lemire excelle, et des histoires fantastiques qu’il a développé plus récemment. En d’autres termes, Minor Arcana, c’est la synthèse de Royal City et du Mythe de l’Ossuaire.
Comme à son accoutumé, l’auteur prend son temps pour poser les bases de cette nouvelle saga. On y suit Theresa qui retourne – en trainant les pieds – dans la bourgade paumée de son enfance, afin d’épauler sa maman souffrante d’un cancer. Sa mère tient une boutique de cartomancie et tire les cartes auprès d’une clientèle de plus en rare mais néanmoins fidèle. Les conflits mère-fille sont au cœur des premières trames de cette série : rancœurs, non-dits, amertume sentimentale et reproches mutuels remontent à la surface et ça fait des étincelles dans le cabinet de tarologie. Mais surtout, Theresa ne veut pas contribuer à cette supercherie de la voyance, et quand bien même, elle se retrouvera, contre son gré, à devoir assurer un rendez-vous pour sa mère. Cette incursion dans les arts divinatoires va développer accidentellement chez elle la faculté d’une vision extralucide, assez effrayante.
Moins glauque que les séries du Mythe de l’Ossuaire (publiées chez Image et traduites en français par Urban Comics), Minor Arcana oscille entre les intrigues surnaturelles et les récits intimistes, et agrège ce que Lemire fait de mieux. Par contre, si le trait brut de Jeff Lemire, son ancrage appuyé et ses couleurs lavis vous rebutent, Minor Arcana ne va pas vous réconcilier avec l’approche graphique de l’auteur. A noter que depuis le septième épisode de la série, les dessins sont assurés par Letizia Candocini, qui fournit de superbes planches (elle propose d’autres angles de perspective que la traditionnelle vue frontale de Lemire).

Les épisodes 3 et 4 d’Absolute Martian Manhunter (série chroniquée dans le récap’ du mois précédent) sont parus, et autant le dire tout de suite : la série se révèle passionnante et toujours aussi intrigante. Urban Comics a d’ailleurs annoncé la traduction française des six premiers épisodes en un recueil pour le 21 novembre 2025. C’est pour dire l’engouement et l’accueil critiques que ce titre capitalise.

En Italie, à Sienne, se tient depuis le XVIe siècle la fameuse course hippique du Palio où tous les coups sont permis. Selon un mode de sélection bien particulier, dix cavaliers hyper-préparés et entrainés pour représenter un quartier de la ville, portent leurs couleurs et le totem associé à chacune des contrades. Chaque cavalier (surnommés les «assassins») doit arriver le premier : on se bouscule, on se gène, il faut gagner coûte que coûte pour l’honneur du quartier.
Avec ce premier épisode d’Exquisite Corpses, James Tynion IV et le dessinateur Michael Walsh semblent s’être inspirés de cette tradition de Toscane et la transpose dans un autre contexte plus contemporain et ultralibéral. Dix des familles américaines les plus riches préparent leur assassin dans un jeu de massacre qui se tient tous les cinq ans de la même ville d’Oak Valley, dans le Maine, à l’occasion des fêtes d’Halloween.
Et pour lier la forme et le fond de ce cadavre exquis, James Tynion IV (qui produit ce projet éditorial au sein de son lable, Tiny Onion) confiera le soin de poursuivre les onze prochains numéros à des équipes créatives différentes. A suivre pour découvrir de quelle nature sera le massacre…