Ce n’est pas la première fois que Charles Berberian évoque ses quelques années d’enfance passées à Beyrouth. Déjà dans Journal d’un album publié en 1994, en pleine période de publication d’autofiction par l’Association, il évoquait son départ précipité du Liban. Dans Une éducation orientale (éditée par Casterman), il revient plus en détails sur sa jeunesse, dans un récit tendre qui évite le piège de la nostalgie.

 

Le danger serait de s’épuiser à courir derrière un passé qu’on ne pourra de toute façon jamais rattraper.

Dès les premières pages de cet album, je pensais que Charles Berberian allait s’ouvrir à ses lecteurs. Et il fait tout le contraire. Il s’enferme et évoque le confinement de mars 2020, les rues désertes et la vie entre quatre murs. Alors, il profite de ce temps introspectif pour dessiner. Très rapidement, il fait le parallèle en se remémorant les instants cloitrés dans un couloir avec ses parents et son frère, à Beyrouth alors que, dehors, la guerre fait rage.

Dans une Education Orientale, Berberian retrace sa vie de mars 2020 jusqu’à octobre 2022 et offre une lecture tendre et pleine de douceur en replongeant dans les souvenirs de sa plus jeune enfance. Sur plus de 120 pages, il évoque sa famille, notamment à travers deux figures tutélaires : sa grand-mère d’origine grecque Yaya Lucy et son frère aîné ; le réalisateur de films Alain Berberian. Et en filigrane, il y a les détonations : celles des orages d’été dans la capitale libanaise, celles des tirs d’armes à feu, mais aussi la déflagration de l’attentat à la bombe de Rafik Hariri et les deux violentes explosions qui dévastent le port et la ville plus récemment.

Ainsi dans le flux des souvenirs (pas toujours chronologiques), il se remémore sa passion pour la bande dessinée, la découverte du cinéma, la vie tumultueuse de ses parents, les séparations. Avec beaucoup de générosité, Charles Berberian a recours aux nombreux traits qu’il a développés au cours des dernières années : sa ligne souple, son encrage plus appuyé, les craies, l’aquarelle, les feutres de couleurs, la photographie et les collages.

Touchant, mais sans mélancolie, ce nouvel album est une très belle surprise inattendue. (Avec le recul, quelques brides d’expérimentation graphique et narrative dans le projet collaboratif Wah-Wha, publié chez Exemplaire, aurait pu mettre la puce à l’oreille).


Références

Une éducation orientale – Charles Berberian
publié par Casterman


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